Parcours dirigeants · Infirmières et infirmiers libéraux

Retraite de l'infirmière libérale : CARPIMKO, années à l'hôpital et date de départ

Des années à l'hôpital ou en clinique, puis l'installation en libéral, des remplacements, une activité parfois mixte : la retraite d'une infirmière libérale se répartit entre plusieurs caisses qui ne se parlent pas toujours. Ce guide vous explique comment elle se calcule, à quel âge partir, et les erreurs que nous retrouvons le plus souvent sur les relevés.

Par Fanny Bordas, experte retraite·Mis à jour le ·Lecture : 15 min

Professionnelle de santé préparant son dossier retraite à la maison

Les régimes de retraite d'une infirmière libérale

Dès votre installation en libéral, vous êtes affiliée à la CARPIMKO, la caisse de retraite des auxiliaires médicaux exerçant en libéral : infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes et pédicures-podologues. Elle gère plusieurs étages de retraite, qui s'ajoutent aux droits acquis pendant vos années salariées.

Les pensions d'une infirmière libérale selon son parcours
ÉtageOrganismeMode de calcul
Retraite de base des libérauxCARPIMKO, pour le compte de la CNAVPLPoints acquis selon les cotisations sur vos revenus
Retraite complémentaireCARPIMKOPoints, selon les règles propres à la caisse
Allocations supplémentaires de vieillesse (ASV)CARPIMKO, pour les infirmières conventionnéesPoints, cotisation financée en partie par l'Assurance maladie
Années de titulaire à l'hôpital publicCNRACL (+ RAFP sur les primes)75 % du traitement indiciaire des 6 derniers mois, au prorata
Années de contractuelle dans le publicRégime général + IrcantecSalaire annuel moyen + points
Années en clinique ou établissement privéRégime général + Agirc-ArrcoSalaire annuel moyen + points

Une infirmière qui a travaillé dix ans à l'hôpital avant de s'installer percevra donc souvent cinq ou six pensions différentes, chacune calculée par une caisse qui ne voit que sa partie de la carrière. C'est précisément pour cela que la vérification d'ensemble est indispensable.

Comment se calcule chaque pension

La retraite de base des libéraux : des points

Chaque année, vos cotisations de base, calculées sur vos revenus professionnels, vous rapportent des points. Au moment du départ :

Retraite de base annuelle = nombre de points × valeur du point × taux

Valeur du point de base au 1er janvier 2026 : 0,6599 €. Le taux est réduit s'il vous manque des trimestres, tous régimes confondus, et augmenté si vous travaillez au-delà du taux plein.

Exemple illustratif

Avec 14 000 points de base et le taux plein : 14 000 × 0,6599 = 9 239 € bruts par an, soit environ 770 € bruts par mois pour la seule retraite de base des libéraux. Le nombre de points réel dépend de vos revenus et de vos années d'exercice : il figure sur votre relevé.

La retraite complémentaire CARPIMKO : des points aussi

Retraite complémentaire annuelle = nombre de points × valeur du point

Valeur du point de complémentaire au 1er janvier 2026 : 21,48 €. Les règles de cotisation de la complémentaire ont évolué au fil des années : chaque année de votre carrière doit avoir généré les points correspondant aux cotisations réellement versées.

L'ASV : le complément des conventionnées

Si vous êtes conventionnée avec l'Assurance maladie, vous cotisez aussi aux allocations supplémentaires de vieillesse. Une partie de cette cotisation est prise en charge par l'Assurance maladie. Les points acquis sont convertis en pension (valeur du point au 1er janvier 2026 : 1,50 € pour les points acquis depuis 2006). Les années de conventionnement doivent donc être vérifiées une à une.

Les pensions de vos années salariées

Elles sont calculées selon les règles de chaque régime : salaire annuel moyen des 25 meilleures années pour le régime général, points pour l'Agirc-Arrco et l'Ircantec, traitement des 6 derniers mois pour la CNRACL. Tout le détail dans notre guide Calcul retraite : la formule de votre pension.

Libérale ou salariée : ce qui change pour votre retraite

Comme salariée, vos cotisations étaient prélevées sur votre bulletin de paie, et votre employeur déclarait vos salaires chaque année à vos caisses. Comme libérale, c'est vous qui déclarez vos revenus et qui payez vos cotisations, d'abord sur une base provisoire, puis régularisées quand vos revenus définitifs sont connus. Cette mécanique a deux conséquences : les premières années d'installation sont souvent régularisées plusieurs années après, et un retard ou une erreur de déclaration peut se traduire par des points manquants. Autre différence de taille : la retraite de base des libéraux se calcule en points, alors que celle des salariées du privé se calcule sur le salaire moyen des 25 meilleures années. Vos années d'hôpital et vos années de libéral ne se « fondent » donc jamais dans un calcul unique.

À quel âge une infirmière libérale peut-elle partir ?

Pour vos pensions de libérale et de salariée du privé, les règles d'âge sont celles de tous les assurés : un âge légal fixé selon votre année de naissance, et une durée d'assurance pour obtenir le taux plein, tous régimes confondus. Depuis la suspension de la réforme des retraites, pour les départs à partir du 1er septembre 2026 :

Âge légal et trimestres requis (extrait)
Année de naissanceÂge légalTrimestres requis
196362 ans et 9 mois170
196462 ans et 9 mois170
1965 (janvier à mars)62 ans et 9 mois170
1965 (avril à décembre)63 ans171
196663 ans et 3 mois172
196763 ans et 6 mois172
196863 ans et 9 mois172
1969 et après64 ans172

Le taux plein est aussi automatique à 67 ans. Un départ anticipé pour carrière longue est possible si vous avez commencé à travailler jeune, y compris comme aide-soignante ou en emploi étudiant avant vos études d'infirmière. Le tableau complet, génération par génération : Combien de trimestres pour la retraite ?

Attention aux années hospitalières en catégorie active. Les infirmières titulaires de l'hôpital public restées en catégorie active peuvent, sous conditions (notamment 17 ans de services actifs), partir plus tôt au titre de leur pension de fonctionnaire. Ce droit concerne la pension CNRACL, pas vos pensions de libérale : un départ « en deux temps » se prépare au cas par cas.

Vos années à l'hôpital ou en clinique : ce qu'elles valent

La grande majorité des infirmières libérales ont d'abord exercé comme salariées. Ces années comptent doublement : elles donnent des pensions propres, et leurs trimestres s'ajoutent à ceux du libéral pour atteindre le taux plein.

Si vous étiez titulaire de la fonction publique hospitalière

Vos services relèvent de la CNRACL, à condition d'avoir accompli au moins deux ans de services. En dessous de cette durée, vos droits sont transférés au régime général et à l'Ircantec. Votre pension CNRACL est calculée sur votre traitement indiciaire des six derniers mois de fonctionnaire, au prorata de vos années de services. Vos primes ont alimenté la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP).

Le choix de 2010 et la catégorie active

En 2010, les infirmières hospitalières alors en poste ont dû choisir entre rester en catégorie B, en conservant le classement en catégorie active pour la retraite, ou passer en catégorie A, avec une revalorisation salariale mais la perte définitive de ce classement. Ce choix a des conséquences directes sur l'âge de départ pour la pension CNRACL. Si vous avez quitté l'hôpital pour le libéral, il faut vérifier quels services ont été retenus comme actifs.

Si vous étiez contractuelle ou en clinique

Les contrats dans le public relèvent du régime général et de l'Ircantec ; les cliniques et établissements privés, du régime général et de l'Agirc-Arrco. Les contrats courts, les vacations et l'intérim sont les périodes les plus souvent incomplètes sur les relevés.

Pour approfondir la retraite des agents publics, voir notre guide la retraite des fonctionnaires.

Quel est le montant de la retraite d'une infirmière libérale ?

C'est la question la plus posée, et il n'existe pas de chiffre officiel récent et fiable pour la seule profession d'infirmière libérale. À titre de repère général, l'Insee indique que les anciens professionnels libéraux, toutes professions confondues, perçoivent en moyenne une pension de droit direct de 2 570 € bruts par mois tous régimes confondus (données fin 2020), avec de forts écarts selon la profession et entre les femmes et les hommes.

Pour une infirmière libérale, le montant dépend surtout de :

  • la durée d'exercice en libéral et le niveau des revenus déclarés chaque année ;
  • la durée et la nature des années salariées, qui donnent des pensions séparées parfois importantes ;
  • les années de conventionnement, qui conditionnent l'ASV ;
  • votre nombre total de trimestres, qui fixe le taux de chaque pension ;
  • les trimestres liés aux enfants et aux interruptions d'activité.

Une moyenne ne vous dit rien de votre situation. Le seul chiffre utile est celui calculé à partir de votre relevé de carrière, une fois vérifié.

Les erreurs que nous retrouvons le plus souvent

Selon la Cour des comptes, environ une nouvelle pension sur neuf versée par le régime général en 2025 comportait au moins une erreur ayant un impact financier. Les carrières mixtes des infirmières libérales cumulent les facteurs de risque :

  • Les années d'hôpital incomplètes : stage de pré-affectation, contrats courts, vacations, intérim.
  • Des services de titulaire mal reportés à la CNRACL, ou une durée inférieure à deux ans mal basculée vers le régime général.
  • Des services actifs non retenus alors que vous étiez restée en catégorie active.
  • L'année de l'installation, partagée entre salariat et libéral : quatre trimestres au maximum, et des caisses qui comptent chacune de leur côté.
  • Les remplacements des débuts en libéral, déclarés tardivement ou rattachés à la mauvaise année.
  • Des cotisations régularisées après coup sans que les points de base ou de complémentaire suivent.
  • Des années de conventionnement manquantes pour l'ASV.
  • Les trimestres liés aux enfants et à la maternité, déclarés à une seule caisse.
  • Les emplois avant les études d'infirmière (aide-soignante, emplois étudiants), souvent oubliés alors qu'ils peuvent ouvrir droit à une carrière longue.
  • Des périodes de chômage ou de maladie entre deux postes, non reportées.
Exemple illustratif

Une infirmière a été titulaire dix ans à l'hôpital public, puis s'est installée en libéral. L'année de son installation n'est comptée qu'à moitié, ses trimestres pour enfants n'ont été déclarés qu'à la CNRACL, et deux années de remplacements manquent dans ses points CARPIMKO. Trois anomalies distinctes, chacune invisible pour la caisse qui ne voit que sa partie, et qui pèsent ensemble sur le taux et le montant de toutes ses pensions.

Situation type, présentée à titre d'illustration.

Comment vérifier votre relevé de carrière, ligne par ligne

Les décisions à préparer avant de partir

Choisir la bonne date

Vos pensions de libérale, de salariée et de fonctionnaire n'obéissent pas toutes aux mêmes conditions. Partir à une date optimale pour la CNRACL peut être pénalisant pour la CARPIMKO, et inversement. La bonne date est celle qui maximise l'ensemble, en tenant compte du taux plein et d'une éventuelle surcote.

Organiser la présentation de votre patientèle

Trouver une successeuse, présenter la patientèle, organiser la transition avec une collaboratrice ou une remplaçante, céder vos parts d'un cabinet de groupe : la transmission se prépare plusieurs mois, voire plusieurs années à l'avance, et son calendrier doit s'articuler avec celui de votre retraite.

Continuer à exercer après la retraite

Beaucoup d'infirmières libérales poursuivent quelques remplacements ou une activité réduite après leur départ. Le cumul emploi-retraite est possible, sous conditions : les règles doivent être connues avant de liquider vos pensions, pour éviter les mauvaises surprises.

Lever le pied progressivement

Depuis le 1er septembre 2023, la retraite progressive est ouverte aux professions libérales : vous percevez une partie de votre retraite tout en réduisant votre activité, sous conditions d'âge, de trimestres et de baisse de vos revenus. Une option intéressante pour réduire sa tournée sans tout arrêter.

Étudier un rachat de trimestres

Les années d'études supérieures et les années incomplètes peuvent, sous conditions, être rachetées, dans la limite de 12 trimestres. Le rachat n'est pas toujours rentable : il se calcule, et seulement après avoir vérifié qu'aucun trimestre n'est simplement oublié. Le rachat de trimestres est-il rentable ?

Le bon calendrier pour préparer votre retraite

  1. Dès maintenant : vérifier votre relevé

    Téléchargez votre relevé de carrière tous régimes sur info-retraite.fr et contrôlez chaque année, en particulier vos années à l'hôpital, l'année de l'installation et vos premières années de libéral.

  2. Dix à cinq ans avant : construire votre stratégie

    Rachat éventuel, retraite progressive, préparation de la transmission de la patientèle, activité après la retraite : vos choix ont encore beaucoup d'effet.

  3. Deux à trois ans avant : chiffrer vos scénarios

    Comparez plusieurs dates de départ, pension par pension, en brut et en net.

  4. Six mois avant : déposer votre demande

    La demande unique en ligne sur info-retraite.fr vaut pour toutes vos caisses. Elle doit partir d'un dossier déjà vérifié et corrigé.

Notre accompagnement pour les infirmières libérales

Votre temps est pris par vos patients et vos tournées. Avec le Diagnostic Retraite™, vous nous confiez votre dossier et le cabinet fait le travail :

  • L'audit protocolaire : reconstitution de toute votre carrière, hospitalière et libérale, caisse par caisse : CNRACL, régime général, Ircantec ou Agirc-Arrco, CNAVPL, CARPIMKO, ASV.
  • Le plan personnalisé : vos scénarios de départ chiffrés, intégrant la transmission de la patientèle, la retraite progressive et le cumul emploi-retraite.
  • La conciergerie : les demandes de régularisation auprès de chaque caisse et la préparation de votre demande de retraite.

Le premier pas est gratuit : notre conférence en ligne réservée aux dirigeants et aux professions libérales, animée par Fanny Bordas, où vous découvrez les erreurs et les leviers propres aux carrières libérales.

Questions fréquentes des infirmières libérales

À quelle caisse de retraite cotise une infirmière libérale ?

À la CARPIMKO, la caisse des auxiliaires médicaux libéraux. Elle gère la retraite de base des libéraux pour le compte de la CNAVPL, la retraite complémentaire et, pour les infirmières conventionnées, les allocations supplémentaires de vieillesse (ASV).

Quelle est la retraite moyenne d'une infirmière libérale cotisant à la CARPIMKO ?

Il n'existe pas de moyenne officielle récente fiable pour la seule profession. Le montant dépend de la durée d'exercice en libéral, des revenus, des années de conventionnement et surtout des années salariées, qui donnent des pensions séparées. Seul un calcul à partir de votre relevé de carrière donne un chiffre utile.

Combien vaut le point de retraite CARPIMKO en 2026 ?

Au 1er janvier 2026, la valeur du point est de 0,6599 € pour la retraite de base des libéraux, de 21,48 € pour la retraite complémentaire et de 1,50 € pour l'ASV (points acquis depuis 2006).

Mes années à l'hôpital comptent-elles pour ma retraite ?

Oui. Elles donnent des pensions séparées (CNRACL si vous étiez titulaire, régime général et Ircantec si vous étiez contractuelle, régime général et Agirc-Arrco en clinique privée), et leurs trimestres s'ajoutent à ceux du libéral pour atteindre le taux plein.

J'ai été en catégorie active à l'hôpital : puis-je partir plus tôt ?

Pour votre pension de fonctionnaire, un départ anticipé est possible sous conditions, notamment 17 ans de services actifs. Ce droit ne s'applique pas à vos pensions de libérale. Si vous êtes passée en catégorie A en 2010, vous avez perdu le bénéfice de la catégorie active.

À quel âge une infirmière libérale peut-elle partir à la retraite ?

À l'âge légal de votre génération, entre 62 ans et 9 mois et 64 ans selon votre année de naissance, avec le taux plein si vous avez le nombre de trimestres requis, tous régimes confondus. Le taux plein est automatique à 67 ans. Un départ anticipé pour carrière longue est possible si vous avez commencé à travailler jeune.

Puis-je continuer à faire des remplacements une fois à la retraite ?

Oui, dans le cadre du cumul emploi-retraite, sous conditions. Les règles applicables dépendent de votre situation au moment de la liquidation : elles doivent être étudiées avant de demander votre retraite.

La retraite progressive est-elle possible pour une infirmière libérale ?

Oui, depuis le 1er septembre 2023, sous conditions d'âge, de durée d'assurance et de baisse des revenus d'activité. Elle permet de réduire sa tournée en percevant une partie de sa retraite.

Sources

  • CARPIMKO : valeurs du point au 1er janvier 2026 (base, complémentaire, ASV).
  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 105.
  • Décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 (classement des infirmiers hospitaliers en catégorie A et droit d'option).
  • Insee Références, édition 2025, « Pensions de retraite des non-salariés » (données Drees, fin 2020).
  • Cour des comptes, rapport de certification des comptes du régime général, mai 2026.

Ce guide présente les règles générales. Votre situation exacte dépend de vos caisses et de votre carrière.

Vous prenez soin des autres. Prenons soin de votre retraite.

Rejoignez la liste d'attente de notre conférence en ligne gratuite, réservée aux dirigeants et aux professions libérales, et soyez prévenue en priorité de la prochaine date.

Infirmière libérale

La conférence en ligne gratuite

Je m'inscris sur la liste d'attente

Découvrir le Diagnostic Retraite™ · Écrire au cabinet